Dans la plupart des pays en développement, la prestation de services vétérinaires était encore perçue récemment comme une mission incombant à l’administration publique. Cependant, depuis une quarantaine d’années, les contraintes économiques et les programmes d’ajustement structurel ont conduit progressivement à une réduction des investissements publics en termes réels et, par conséquent, à une baisse qualitative et quantitative des services proposés aux éleveurs. Après avoir reconnu qu’ils n’étaient plus en mesure d’assurer des services de nature essentiellement « privée », de nombreux gouvernements ont radicalement changé de cap politique et introduit les concepts de l’économie de marché, notamment dans le domaine de la production agricole et de l’élevage. Le rôle du gouvernement consistera désormais à fournir un nombre limité de services essentiels relevant du «bien public» et à créer un environnement favorable au secteur privé, dans lequel ce dernier pourra intervenir comme prestataire de services « à caractère privé » et, dans le même temps, exercer certaines fonctions publiques ou obtenir un mandat sanitaire comme partenaire contractuel. Toutefois, la quasi-totalité des pays en développement n’ont pas accompagné ces revirements politiques de stratégies adéquates de développement. Cette situation s’explique par des raisons complexes. Les programmes d’ajustement structurel ont peut-être été perçus comme des mesures imposées aux États par les bailleurs de fonds. Ils ont été ressentis par de nombreux responsables politiques comme la cause de leurs déboires financiers et non comme un remède. Ensuite, les hauts fonctionnaires chargés de la santé animale ont généralement reçu une formation de vétérinaire et ne possèdent pas les qualités de gestionnaire requises pour organiser efficacement les changements. En outre, dans le contexte de la prestation des services vétérinaires cliniques, notamment dans les zones rurales et éloignées, les fonds alloués par les bailleurs de fonds visent à promouvoir la déréglementation et l’établissement d’agents paraprofessionnels privés ; or, cette solution, qui est souvent perçue comme une menace par l’ensemble du corps vétérinaire, pourrait limiter l’accès des marchés internationaux aux échanges commerciaux d’animaux et de produits d’origine animale. En l’absence d’une stratégie clairement définie de privatisation des services de santé animale, un système informel de prestation de services a vu le jour dans de nombreux pays en développement. À présent, la plupart des gouvernements reconnaîtront sans doute que cette tendance présente un risque beaucoup plus grave que l’établissement réglementé d’agents paraprofessionnels soumis à un contrôle efficace. Dans cet article, l’auteur examine quelques défis importants que les responsables politiques devront relever pour réussir la transition d’une prestation exclusivement publique de services de santé animale vers la création d’un partenariat avec le secteur privé. Il incombe aux États et aux bailleurs de fonds d’adopter des mesures concrètes pour faciliter la privatisation des services de santé animale et notamment ceux destinés aux systèmes d’élevage de subsistance et d’élevage pastoral dans les zones rurales les plus défavorisées. Les premiers investissements concerneront le développement des compétences en gestion requises à tous les échelons du système de prestation. Des investissements supplémentaires seront vraisemblablement nécessaires pour assurer la gestion des changements à l’aide d’outils divers, par exemple le cycle de planification stratégique. Lorsque les ressources suffisantes auront été réunies, permettant d’intégrer tous les acteurs concernés par la prestation des services de santé animale, il conviendra de définir quelles sont les institutions appropriées et les relations organisationnelles les plus efficaces pour résoudre les problèmes prioritaires. L’auteur aborde ensuite l’étude des liens existant entre les systèmes d’élevage et la demande de services de santé animale. Pour être économiquement viable, l’offre de ces services doit répondre à la demande réelle plutôt qu’à une demande perçue. La conception d’un modèle adéquat de prestation de services de santé animale passe donc par une analyse approfondie du système d’élevage ciblé. Les gouvernements et les bailleurs de fonds pourraient apporter une contribution positive en finançant de telles analyses, des études de marché, des plans d’entreprise et des formations, et en facilitant l’accès à des prêts à taux réduit. Enfin, sur le plan réglementaire, un grand nombre des activités effectuées par les agents paraprofessionnels sont considérées, dans l’état actuel de la législation, comme des actes de médecine ou de chirurgie vétérinaire qui ne peuvent être légalement posés que par des vétérinaires qualifiés et agréés. La notion de législation « principale » et « subsidiaire » prévoit la souplesse réglementaire nécessaire en matière de prestation des services de santé animale pour s’adapter à l’évolution rapide du secteur. La déréglementation implique que la responsabilité inhérente à la réalisation d’interventions vétérinaires définies soit déléguée à du personnel para-professionnel travaillant sous la « supervision » ou la « direction » d’un vétérinaire agréé. L’auteur explique comment l’expérience acquise dans le cadre de plusieurs projets en Tanzanie a permis de proposer une définition juridique de la « supervision ». Cette définition permet de dissiper les craintes suscitées par une éventuelle remise en question des normes de prestation des services de santé animale suite à l’établissement du personnel paraprofessionnel. Outre le fait qu’il procure de nouvelles perspectives d’emploi aux vétérinaires privés dans les zones rurales, lesquelles se verraient autrement refuser l’accès aux services primaires et officiels de santé animale, cet arrangement pourrait également contribuer à la mise en place d’un mécanisme d’assurance qualité dans les services vétérinaires nationaux des pays en développement.