Résumé
Depuis une vingtaine d’années, la filière porcine connaît une hausse rapide des volumes de viande produits, ainsi qu’une intensification croissante des systèmes d’élevage et une multiplication des transferts internationaux de produits dérivés du porc. Dans la même période, la filière porcine a également été touchée par l’apparition de nombreuses maladies virales nouvelles. Ces deux évolutions ont-elles un lien entre elles, et si oui, lequel ? Pour bien appréhender l’influence que peuvent avoir les changements industriels sur l’évolution des virus, il est impératif d’avoir des connaissances de base sur la théorie de l’évolution. S’agissant des virus à ARN, le concept de « quasi-espèce » n’est plus seulement théorique mais désigne désormais une réalité concrète. Ces virus ne constituent pas un groupe caractéristique, mais plutôt un « nuage » de virus plus ou moins différenciés en fonction de plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs, les plus déterminants sont la taille et la capacité réplicative des populations virales, ainsi que la disponibilité et la diversité des hôtes sensibles. L’une des caractéristiques des virus à ARN est leur importante capacité de mutation, due à l’absence de mécanisme correcteur de la part des cellules hôtes. In vivo comme in vitro, les virus à ARN sont capables d’accumuler et de fixer ces mutations, ce qui conduit à des goulets d’étranglement répétés et à une perte de la capacité réplicative, phénomène connu sous le nom de « cliquet de Muller ». De manière symétrique, lorsque le contexte favorise des niveaux élevés de réplication et la production de grandes populations virales, l’effet inverse se produit, à savoir une amélioration de la capacité réplicative des virus. C’est ce qui se produit in vitro lors de passages dans des volumes importants. On peut donc envisager qu’une introduction régulière de différents virus dans un système de production porcine à grande échelle fournisse in vivo des conditions équivalentes et favorise l’amélioration de la capacité réplicative des populations de quasi-espèces virales, ce qui pourrait expliquer l’apparition apparemment plus fréquente de virus émergents, jusque-là inconnus des scientifiques ou dotés de synergies et de propriétés inédites.
 
Mots-clés
Circovirus-2 porcin – Commerce international – Élevage – Évolution des virus – Porc – Quasi-espèce – Virus de la fièvre aphteuse – Virus de la grippe porcine – Virus du syndrome dysgénésique et respiratoire du porc – Virus émergent – Virus nouveau.