Résumé
L’épidémie de fièvre aphteuse qui s’est abattue en 2001 sur la Grande-Bretagne a fait l’objet d’une stratégie de contrôle basée sur l’utilisation simultanée de méthodes traditionnelles et de méthodes innovantes, dont certaines découlaient des résultats générés par des modèles mathématiques. Sept jours avant l’instauration de la méthode controversée consistant à abattre systématiquement, à titre préventif, tous les animaux d’élevage des espèces sensibles dans les exploitations situées à proximité des exploitations infectées (politique des « abattages contigus »), la propagation de l’infection avait déjà été maîtrisée en associant une politique classique d’abattage sanitaire à des mesures d’interdiction des mouvements d’animaux d’élevage au plan national. Une deuxième mesure innovante et controversée a également été instaurée après le pic de l’épidémie : il s’agissait de l’abattage des ovins situés à un rayon de 3 km des exploitations infectées (politique de « l’abattage à 3 km »). Cette mesure n’était pas ciblée et il a fallu plusieurs semaines avant d’en achever la mise en œuvre. Lors du suivi sérologique des ovins abattus dans ce cadre, un seul troupeau a été trouvé infecté, ce qui semble indiquer que la propagation de l’épidémie n’avait pas pour origine une infection cryptique chez le mouton. La vaste campagne de surveillance du cheptel ovin réalisée après l’épidémie n’a décelé qu’un très petit nombre d’animaux séropositifs répartis sur très peu d’élevages, ce qui permet d’avancer l’hypothèse d’une limitation spontanée de la capacité de la fièvre aphteuse à se propager dans les populations ovines. Les restrictions plus sévères imposées aux mouvements entre exploitations et les mesures de biosécurité ont finalement permis de mettre un terme à l’épizootie. L’abattage d’animaux sains, dans le respect du bien-être animal, a été nécessaire afin de soutenir l’interdiction prolongée des mouvements d’animaux d’élevage au niveau national. Les modèles qui ont servi à élaborer la politique d’abattage contigu présentaient des faiblesses importantes : d’une part, les données de base utilisées émanaient d’épidémies très différentes, d’autre part, les données sur les populations de référence étaient inexactes ; enfin, les hypothèses biologiques concernant les paramètres temporels et quantitatifs de l’infection et de l’émission virale dans les troupeaux et les cheptels infectés étaient fortement improbables.
 
Mots-clés
2001 – Abattage contigu – Abattage sanitaire – Abattage sur un rayon de 3 km – Biosécurité – Fièvre aphteuse – Grande-Bretagne – Modèle mathématique – Procédures de lutte contre la maladie.